JEAN PROUVÉ

VIDÉOS


Maison des Jours Meilleurs, 1956

« Jean Prouvé a élevé sur le quai Alexandre III la plus belle maison que je connaisse : le plus parfait moyen d’habitation, le plus étincelante chose construite. Et tout cela est en vrai, bâti, réalisé, conclusion d’une vie de recherches. Et c’est l’abbé Pierre qui la lui a commandée ! » s’exclame Le Corbusier après sa visite du prototype exposé à Paris en février 1956.
De fait, la maison proposée à l’abbé Pierre par Jean Prouvé résume parfaitement sa conception d’un habitat individuel industrialisé durable, léger, économique et confortable, telle qu’il l’expérimente depuis presque vingt ans.
En 1954 alors que la demande de l’abbé Pierre pour que soit affecté des fonds à la construction de logements d’urgence est rejetée, un enfant et une vieille femme meurent de froid à Paris. L’abbé Pierre lance alors un poignant appel radiophonique pour venir en aide aux sans-abri et fonde fin janvier “Les Compagnons d’Emmaüs”, communauté ouvrière de chiffonniers, d’aubergistes et de bâtisseurs.
Il fait appel à Jean Prouvé pour concevoir et construire une maison bon marché correspondant à un appartement normalisé F3 (environ 50 mètres carrés) comprenant deux chambres, un vaste séjour prolongé par une cuisine ainsi qu’un bloc sanitaire ménager. Répondant à la situation d’urgence du logement social, Prouvé fait étudier et mettre au point en quelques semaines un modèle associant ses expériences antérieures à une mise œuvre novatrice et à des matériaux de pointe. Cette maison devait servir de démonstration et inciter la fabrication de logements individuels ou collectifs suivant des procédés industriels.
Afin de financer le projet, l’abbé Pierre envoie un nouvel appel : “Au secours ! Aidez-nous immédiatement à les loger” et obtient ainsi le concours de la marque de lessive Persil qui s’engage dans une importante campagne publicitaire (“La grande quinzaine de Solidarité Persil”). Les paquets de lessive portent l’inscription : “10 francs pour les sans-logis” et pour chaque bon retourné, l’abbé Pierre reçoit 10 francs de la part de Persil.
Parallèlement à cette campagne est édifiée sur le quai Alexandre III une maison témoin pendant le Salon des Arts Ménagers. L’idée constructive est basée sur un concept créé en 1952 avec l’architecte Maurice Silvy : sur le soubassement en béton vient se poser un bloc central préfabriqué en acier, abritant la cuisine et les pièces d’eau et qui, supportant une poutre en tôle pliée, forme l’ossature porteuse. L’enveloppe est constituée de panneaux-sandwichs en bois thermoformé, la couverture, quant à elle, de bacs d’aluminium dont le prolongement forme l’auvent.
L’accueil du grand public est à la mesure de l’enthousiasme des architectes ; cependant cette maison de 57m2 montée en sept heures, trop révolutionnaire pour son époque, n’obtiendra pas les homologations officielles pour une production en série, les fonctionnaires de l’homologation n’admettant pas qu’une salle d’eau puisse être située au coeur de l’espace d’habitation.
Ce refus entraînera l’arrêt définitif du projet ; loin des visées de production industrielle, seuls quelques rares exemplaires seront effectivement réalisés.