CHARLOTTE PERRIAND

INVENTAIRE


Après des années de collaboration avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand, liberée d’une esthétique conventionnelle, oriente son esprit vers le travail du bois où elle trouve son épanouissement à la suite d’un séjour de 4 ans au Japon. Mais c’est surtout après-guerre que Charlotte Perriand élabore une conception nouvelle de l’habitat en conférant à ses réalisations une dimension humaine et créant ainsi une synthèse entre la tradition et l’industrie.
  • charlotte-perriand-table
    #1 Table, ca. 1955
  • single-wardrobe-1
    #2 ARMOIRE, 1956-59
  • charlotte_perriand_lit
    #3 LIT SIMPLE, ca. 1959
  • banquette-rangement
    #4 BANQUETTE AVEC RANGEMENT, 1958
  • charlotte-perriand-banquette-mauritanie-GM
    #5 Banquette (grand modèle), 1958
  • charlotte_perriand_banquette_petit_modele
    #6 BANQUETTE (PETIT MODÈLE), 1958
  • table-bresil
    #7 TABLE, 1956-59
  • charlotte-perriand-table-mauritanie
    #8 Table, 1958

CHARLOTTE PERRIAND

1903
Naissance de Charlotte Perriand à Paris le 24 octobre.

1920-1925
Entrée à l’Ecole de L’Union Centrale des Arts Décoratifs, comme boursière.
Parallèlement :
– suit des cours de Maurice Dufrène, directeur artistique de la maîtrise des Galeries Lafayette
– à la Grande Chaumière, suit les cours de Bernard Boutet de Monvel,
– passe à l’atelier d’André Lhôte,
– va régulièrement faire des croquis d’animaux au jardin des Plantes.

1925
A l’exposition Internationale des Arts Décoratifs, elle présente, dans le cadre de l’Ecole de l’Union Centrale:
– projet, Eupalinos ou l’Architecte de Paul Valéry, réalisé par l’atelier de reliure,
– fresque, Les Neufs Muses, pour un Salon de Musique,
– grille en fer forgé,
– au stand de Maurice Dufrène, tissu d’ameublement édité par les Galeries Lafayette.

1926
Salon des artistes décorateurs – Coin de salon.

1927
Salon des artistes décorateurs – Ensemble argentier et luminaire.
Est nommée membre actif.
Début des recherches et réalisations de mobilier métallique et luminaire.
Influence de l’époque machiniste : carrosserie d’automobile, bicyclette, roulement à billes. Elle rompt totalement avec l’Art décoratif conventionnel. Trouve un atelier place Saint-Sulpice dont elle fait le projet d’aménagement : un bar, une salle à manger, dont les réalisations seront présentées au Salon d’Automne et au Salon des artistes décorateurs.
Au Salon d’Automne – le bar sous le toit, acier chromé et aluminium anodisé.     
Est nommée sociétaire et encensée par la presse.

1928
Au Salon des artistes décorateurs.
Forme un mini-groupe d’avant-garde avec René Herbst et Jo Bourgeois, incluant des vitrines de bijoux de Jean Fouquet et de Gérard Sandoz, d’orfèvrerie de Jean Puiforcat, et les verres à dégustation du marchand de vin Nicolas.
Expose sa Salle à manger 1928 : Table extensible, sièges tournants, ossature tubes chromés.

1927-1937
A l’atelier L e Corbusier-Pierre Jeanneret, rue de Sèvres, elle participe à tous les travaux comme étudiante en architecture et est associée pour l’équipement mobilier dont elle aura la responsabilité.
Notamment :
1928, équipement de la villa Laroche,
1928-1929, villa Church à Ville-d’Avray,
1929, préparation de l’exposition “Équipement de l’habitation”, en vue du Salon des artistes décorateurs. Demande un emplacement groupé, reprenant en l’élargissant l’idée du mini-groupe d’avant-garde de 1928, refus du Comité des artistes décorateurs. Démission de Charlotte Perriand qui entraîna celle du groupe pour fonder ultérieurement l’Union des artistes modernes : UAM.     

1929
Au Salon d’Automne.
Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand présentent : L’Equipement de l’habitation : des casiers, des sièges, des tables. Ce mobilier sera édité par Thonet, chaque pièce vendue sera marquée d’une pastille portant le sigle “Thonet-Le Corbusier-Pierre Jeanneret-Charlotte Perriand”.

1930
Création officielle de l’Union des artistes modernes : UAM.
Première exposition en juin au Musée des Arts Décoratifs, réunissant les créateurs de toutes disciplines, de l’architecture à l’objet.
Aménagement du bureau du directeur de la Semaine à Paris.
Pour Jean Rivier, compositeur, Charlotte Perriand aménage un salon de musique.
Quitte l’atelier de la place Saint-Sulpice pour s’installer boulevard du Montparnasse.

1931
Exposition à Cologne : Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand présentent un diorama du plan Voisin et des éléments de mobilier : chaise longue, casiers posés sur un tapis-manifeste.
À la même époque, adhère à AEAR (Association des étudiants et artistes révolutionnaires ; secrétaire administratif : Jean Nicolas, ancien élève de l’école Boulle).

1930-1933
Voyage en URSS. Visite du chantier du Centrosoyus, bureau central des coopératives, à Moscou.

1932-1937
Préliminaires à l’Exposition internationale de 1937.
Dès 1932, Le Corbusier propose comme programme une exposition internationale de l’habitation, ouvrant l’ère des grands travaux à la Haussmann, premier tronçon sur l’épine dorsale est-ouest. Ce projet ne sera pas pris en compte.
De 1935 à 1936, études puis recherche d’une action d’ensemble des membres des CIAM et de l’UAM, mentionnant les lieux et objets de leur participation.
– Au bastion Kellerman, projet pour la réalisation d’une Unité d’habitation par l’atelier Le Corbusier ;
– Projet de la Maison des jeunes artistes et techniciens : “Projet jeunes 37” ;
– Le Bazar, Francis Jourdain désire faire un bilan des objets usuels sur le marché, après sélection des meilleurs.
Ces projets ne seront pas réalisés, n’étant pas pris en considération par les responsables de l’exposition 1937.

1933
Participe au IV° congrès des CIAM à bord du Patrix II, entre Athènes et Marseille ; le thème : “Ville fonctionnelle”.

1935
A l’exposition internationale de Bruxelles.
Maurice Dufrène, responsable de la section française, donne à Louis Sognot, René Herbst, Charlotte Perriand les crédits nécessaires pour présenter La Maison du jeune homme. Ils réalisent, d’un commun accord, un travail groupé dans une architecture éclatée.
– Sanitaires, chambre à coucher : Louis Sognot.
– Salle de culture physique avec une fresque de Fernand Léger : René Herbst.
– Salle d’étude : Charlotte Perriand, Le Corbusier, Pierre Jeanneret.

1936
Dans Vendredi, crée par André Chamson, “l’organe des hommes libres”, dialogues avec le grand public de Charlotte Perriand “La ménagère et son foyer” : conseils pratiques, par écrit et par croquis.
Au Salon des arts ménagers. III Exposition de l’habitation, organisée par l’Architecture d’aujourd’hui. Démonstration sur l’habitation d’aujourd’hui, avec A. Hermant, M. Barret, F.P. Jourdain, A. Louis, J.P. Sabatou, P. Vago. Charlotte Perriand présente une salle de séjour avec sélection de classements métalliques Flambo, complétée par des sièges et table de sa création, ainsi qu’un photomontage sur la misère de Paris.
Simultanément elle effectue diverses recherches : maisons familiales, hôtel de montagne, maison de week-end.
Au ministère de l’Agriculture : salle d’attente du bureau du ministre Georges Monnet. Celui-ci lui demande de réunir et d’exprimer graphiquement, dans cette salle, les statistiques relatives aux grands problèmes de l’agriculture et de figurer les points forts du programme agricole populaire du Front populaire.

1937
Au sein de l’Exposition internationale, l’UAM obtient un emplacement, y construit son pavillon.
– Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand y exposent le prototype d’une cabine sanitaire, destinée à l’hôtellerie, réalisée par Jacob Delafon ;
– Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, André Tournon, ingénieur, présentent : le Refuge bivouac avec l’Aluminium français, dans le cadre de l’équipement de la haute montagne, en réaction contre le refuge Vallot.
– Charlotte Perriand présente plusieurs sièges pliants ou combinables. À la porte Maillot, sur un emplacement réservé à l’agriculture, Georges Monnet accueille le nouveau programme de Le Corbusier -Pierre Jeanneret “Le Pavillon des Temps nouveaux” ; grande tente en toile qui abrite le programme : Logis et Loisirs, et le V° congrès des CIAM.
À la porte Maillot, proche du pavillon des Temps nouveaux, avec Fernand Léger, Charlotte Perriand illustre le programme du ministère de l’Agriculture, sous forme de panneaux disposés sur une structure de plein air de H. Pacon et M. Detourbet, architectures.
Fin de la collaboration de Charlotte Perriand à l’atelier Le Corbusier.

1936-1938
Recherches et photos d’art brut avec Pierre Jeanneret et Fernand Léger.

1938
Premières tables en forme : une table à manger faite de madriers de sapin provenant du pavillon des Temps Nouveaux.

1939
Annexe d’un hôtel dans la vallée de Saint-Nicolas-de-Véroce.
Mise en place du “refuge bivouac” sur les crêtes du mont Joly, en Haute-Savoie, à titre expérimental.
Étude d’un hôtel de montagne pour la nouvelle station de sports d’hiver de Méribel-les-Allues.

1940
Avec Jean Prouvé, Pierre Jeanneret, Georges Blanchon, formation d’un bureau rue Las-Cases pour l’étude de bâtiments provisoires préfabriqués pour l’Aluminium Français.
8 février, invitation du ministère du Commerce et de l’Industrie du Japon, en tant que conseillère de l’art industriel.
14 juin, départ de Marseille sur le Hakusan-Maru.
22 août, arrivée à Tokyo après un long détour pour l’Afrique du Sud.

1940-1941
Réside à l’hôtel Impérial de F.L. Wright à Tokyo. Son rôle : orienter la production de l’art industriel.
Mars 1941 à Tokyo, mai 1941 à Osaka.
L’exposition “Tradition, sélection, création”, s’ouvre aux grands magasins Takashimaya, sous le haut patronage du ministère du Commerce et de l’Industrie, et de l’ambassade de France.

1942
Rédige, en collaboration avec J. Sakakura, son livre intitulé « Contact avec le Japon », qui résume et illustre les thèmes de son exposition.

1943-1946
Part et réside en Indochine.
15 août 1945, reddition du Japon.
Février 1946, départ pour la France sur un cargo d’évacuation.
Avril 1946, Paris, reprise de ses activités.

1946-1949
A Méribel-les-Allues, reprises des études de cette station sur de nouvelles bases. Paul Grillo et Christian Durupt, architectes.

1947
A l’Exposition internationale de l’urbanisme et de l’habitation au Grand Palais, équipement de la Maison familiale minimum de P. Nelson, R. Gilbert, CH. Sebillote ; architectes.
 À l’atelier de Paul Nelson, participation au projet de l’Hôpital mémorial de Saint-Lô.

1948
Études et normalisation d’un élément de rangement : le tiroir et ses accessoires, breveté en différents
matériaux : métal, plastique …

1949
Au Musée des Arts Décoratifs, les membres de l’UAM réalisent le projet Le Bazar de Francis Jourdain, en contre-courant des Salons habituels.

1950
Pour l’Unité d’habitation de Le Corbusier à Marseille : étude et réalisation de la cuisine prototype I.
Au Salon des arts ménagers, section de l’habitation, présentation d’une cellule type de l’Unité d’habitation de Le Corbusier, à Marseille : Charlotte Perriand réalise l’équipement mobilier.     
1950, numéro spécial de Techniques et Architecture : “Art d’habiter”.

1951
Au Salon des arts ménagers de l’habitation : équipement d’un prototype destiné à un immeuble de Toulon : architecte Jean de Mailly. IX° triennale de Milan, section Formes utiles et équipement. Participation française sous la direction de Charlotte Perriand.

1952
Au Salon des arts ménagers, section Formes utiles : exposition d’un ensemble sanitaire douche-bains.
À la maison de Tunisie, à la Cité Universitaire, architecte Jean Sebag ; le groupe Espace, créé par André Bloc, tente une synthèse : architecture, équipement, arts plastiques. Des peintres, Nicolas Schöffer, Sonia Delaunay, y participent ; en dialogue avec eux Charlotte Perriand aménage une chambre d’étudiant.
Étude et réalisation de sanitaires avec Jean Borot : WC suspendus et bidet WC.
Équipement d’un immeuble d’Air France à Brazzaville, Charlotte Perriand collabore avec les ateliers Jean Prouvé, à Nancy.

1953
Maison de l’étudiant à Paris (Lagneau et Weill, architectes), réalisation de divers équipements, dont la salle d’étude ; tables étudiées avec Jean Prouvé et A. Salomon, éclairagiste.
Hôtel de France à Conakry (Lagneau et Weill, architectes). Équipement de Charlotte Perriand et de Jean Prouvé.

1955
Exposition de “Synthèse des arts” à Tokyo – avec la collaboration de J. Sakakura et de Martha Villiger.

1957
Au Salon des arts ménagers, synthèse de “l’art d’habiter” traditionnel japonais.
Sélection  d’objets effectuée par les grands magasins Takashimaya, en collaboration avec J. Sakakura et Sori Yanagi.
Maison japonaise réalisée par Ren Suzuki avec le concours du journal Elle.
Manifestation présentée sous le haut patronage du ministère de l’Education nationale et de l’ambassade du Japon à Paris.     

1958
La maison du Sahara, au Salon des arts ménagers étudiée pour les pétroliers. Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Lagneau, Weill, Kowalsky, architectes.

1959
Équipement des chambres et des espaces collectifs de la maison du Brésil à la Cité Universitaire par Le Corbusier et Lucio Costa. Avec la collaboration de la galerie Steph Simon.
Rénovation de la maison de Jean et Huguette Borot, à Montmartre, avec Henri Prouvé, architecte.
Agence d’Air France à Tokyo avec J. Sakakura et Ren Suzuki.

1960
Chalet à Méribel-les-Allues, Savoie.
Office du tourisme français, à Londres, avec Erno Goldfinger, architecte.

1962
Appartement à Rio avec la collaboration de Maria Elisa Costa, architecte.
Concours pour l’équipement de trois stations de sports d’hiver dans la vallée des Bellevilles en Savoie – Ch. Perriand, J. Prouvé, Candilis, Wood, Josic.

1964
Accord direct passé par la Fondation Le Corbusier avec Cassina pour l’édition exclusive des créations de 1929 de Le Corbusier – P. Jeanneret – Ch. Perriand.

1965
Au Musée National d’Art Moderne, éléments mobiliers de présentation des publications de la réunion des musées nationaux, banque d’accueil et caisses du musée, en collaboration avec Pierre Faucheux.

1966
Résidence de l’ambassadeur du Japon à Paris. J. Sakakura, Riedberger, architectes.

1959-1970
Conseil de l’ONU à Genève pour la modernisation des salles de conférence et de la grande salle des assemblées. Beaudouin et Carlu, architectes.

1966-1968
Conseil à l’Ecole régionale des beaux-arts et des arts appliqués à Besançon.

1968
Participation à une conférence internationale organisée par l’UNESCO à Kyoto : “Contribution du Japon aux arts contemporains. Rapport entre l’art japonais et l’art occidental : architecture, littérature, musique, théâtre”.

1970
Restructuration d’un appartement à Paris.

1967-1982
Lancement et construction de la station des Arcs, en Savoie. Ouverture du premier lit à Noël 1968. Dix-huit milles lits, construits le 1er janvier 1982 répartis en trois stations à 1600, 1800 et 2000 mètres, sur un ensemble programmé de trente mille lits.
Créateur, aménageur et exploitant : Roger Godino, ancien polytechnicien, ancien fondateur et Doyen de la Faculté de l’Institut européen d’administration des affaires de Fontainebleau. Charlotte Perriand est chargée de constituer un bureau d’études d’architectes et d’ingénieurs qu’elle animera pendant les quatorze ans de création de 1967 à 1982.
Ce bureau est constitué de plusieurs branches :
– Le groupe de l’Atelier d’architecture en montagne de Chambéry, dirigé par R. Regairaz, G. Rey-Millet et A. Bardet.
Ce groupe, qui avait fait les études générales d’implantation avec Robert Blanc et Emile Allais, apporte sa longue expérience historique de la construction en montagne, notamment avec Pradelle à Courchevel.
– Le groupe Faucheux, Taves, Rebuto, qui fut amené par Charlotte Perriand sur la base notamment de sa collaboration antérieure avec Le Corbusier. Ses membres allaient apporter un renouveau de l’esprit architectural.
– Bernard Taillefer, ancien charpentier de Val-d’Isère, autodidacte, devenu architecte après ses réalisations aux Arcs.
Il apportait une façon nouvelle et solide de traiter l’espace avec le bois, son matériau préféré. Par ailleurs, Jacqueline Eberhard, de Paris, R. Boulet, de Moutiers devaient intervenir sur certains programmes, et Jean Prouvé acceptait de donner périodiquement ses précieux conseils.
Dès 1600, création d’Arc Mobilier, organisme chargé d’assurer l’équipement des studios en location et, par ses boutiques, d’offrir au public un complément d’objets individualisés.
Investigation et sélection par Charlotte Perriand.

1983
Décembre, participation à la mission en Chine conduite par Godino à Pékin et Jilin en Manchourie concernant l’équipement d’une station de sports d’hiver.
Dialogue sur l’architecture en Chine, avec des ingénieurs et des architectes de ce pays.

1983-1984
Présidente du Jury du concours international pour la création de nouveaux meubles de bureau, organisé par le ministère de la Culture.

1984
Rétrospective au Musée des Arts Décoratifs, intitulée « Charlotte Perriand : un art de vivre ».

1999
Mort de Charlotte Perriand le 27 octobre à Paris à l’âge de 96 ans.